Quelle anticipation d’une politique de Viviane Reding?

Cet article avait été proposé pour publication au magazine luxembourgeois Paperjam, qui n’a pas accepté sa publication.

Viviane Reding, est candidate pour les élections législatives en octobre. Après trente ans d’activité politique au niveau européen, quelle serait la politique nationale de l’ancienne commissaire et figure du CSV? Trois grands problèmes dérivent de sa philosophie politique.

Peu importe qui est le véritable leader du CSV – là n’est d’ailleurs pas l’enjeu du scrutin -, Viviane Reding compte jouer un rôle important au sein du prochain gouvernement, quel que soit sa position.

Dans un article du 12 mars dernier, le magazine européen Politico écrit sur Viviane Reding et Jean-Claude Juncker, dans le contexte de l’affaire Selmayr: “Ni Reding, ni Juncker ne sont susceptibles d’être des personnes faciles à travailler: de grands ego, affamés de réconfort et d’attention, capables de prendre n’importe quel désaccord – quel que soit leur principe ou leur argumentation rationnelle – comme un affront personnel.” A voir si cette carte blanche suscitera ladite réaction chez Madame Reding.

Pour les supporteurs de Reding, cette obstination, connu au niveau européen, est justement l’argument pour un Luxembourg qui sait se défendre contre les attaques de ses pays voisins. Depuis la fameuse interview de Jean-Claude Juncker au micro de David Pujadas sur France 2 en 2008, au sujet du secret bancaire, les luxembourgeois partagent une fascination pour un “truth-teller” (quelqu’un qui dit la vérité). Viviane Reding emprunte certainement à cette image.

Néanmoins, trois grands problèmes dérivent de sa philosophie politique:

Viviane Reding ne maîtrise pas la langue diplomatique

Dans un potentiel gouvernement sous participation du CSV, les spéculations en coulisses la donnent ministre des affaires étrangères. Or les chrétiens-sociaux devrait faire attention à la tendance de Reding d’emprunter une voie moins diplomatique que désirée. A titre d’exemple, la parlementaire européenne décrit, de façon régulière et non-apologétique, le premier ministre Viktor Orbán comme “dictateur”. Même si ses critiques envers le gouvernement hongrois ont leurs mérites, il est stratégiquement doubtable d’utiliser le même vocabulaire pour un pays membre de l’Union européenne que pour le leader de la Corée du Nord.

Reding décrivait en mars le Royaume-Uni comme “lonely Britain” (un Royaume-Uni isolé), sachant pertinemment que les négociations avec l’UE sont en cours, et ajoutait: “Je suis attristé que le peuple britannique est devenu une victime d’escrocs politiques, et que le résultat est un Royaume-Uni divisé affaibli.” Une grande partie du gouvernement, ainsi qu’une grande partie de la Chambre des Communes à Westminster faisait partie de la campagne pour le Brexit, et sont donc, selon ses propres mots, des “escrocs”. Un supposera que la première rencontre entre la possible ministre des affaires étrangères Reding et son homologue britannique pourrait se présenter de nature plutôt glaciale. En effet, l’image de Viviane Reding est de nature tellement adversaire à la Grande Bretagne que le Telegraph la décrivait comme “le meilleur ami du UKIP” (le partie eurosceptique) en 2014.

Il est difficilement défendable que Viviane Reding ait le tempérament suffisamment calme pour représenter le Grand-Duché au niveau international. Le Luxembourg aurait intérêt de choisir un personnage qui ne s’est pas encore fait une multitude d’ennemis politique sur le continent.

Pour Viviane Reding, la démocratie est représentative, non participative

Pendant que Viviane Reding était membre de la Commission européenne, elle se voyait obligée de promouvoir le système des consultations publiques autour de sujets clés pour la politique européenne.La question de savoir si elle croit réellement dans l’implication des citoyens dans ce processus politique, en est une autre. Dans une interview donnée, en langue anglaise, à Euronews en 2012, Reding évite les questions posées sur l’efficacité des consultations publiques. Pour elle le problème vient du fait que ce sont les citoyens qui ne s’intéressent pas suffisamment aux élections européennes, centre du processus démocratique. Sa position change en 2010 quand elle réclame plus de fonds publics pour assurer le processus des consultations publiques Et quand Reding se voit suivre le système de la consultation publique sur les questions politiques, comme dans l’exemple de l’instauration des quotas de femmes au niveau des entreprises en 2012, la construction de ses phrases est tout à fait intéressante. Viviane Reding demande aux citoyens (et elle ajoute plus précisément aux organisation féministes) “comment” légiférer, et non si une législation est nécessaire ou non. Et comme par hasard, le document de la Commission de la même année relève que:

“Dans sa contribution à la consultation sur la gouvernance d’entreprise de l’UE, l’Association européenne des femmes juristes (EWLA) a déclaré que le moyen le plus efficace d’atteindre un meilleur équilibre entre les sexes au sein des conseils d’administration est l’introduction d’exigences en matière de quotas, assorties de sanctions. L’EWLA a déclaré qu’elle soutenait fermement l’initiative de la Commissaire Viviane Reding.”

Il va de soit qu’aucune opposition est mentionnée. Les prophéties auto-confirmées, là semble être la limite du sentiment de démocratie participative de Viviane Reding.

En ce sens, elle ne s’éloigne pas du point de vue du CSV, qui s’était retiré du débat public lors du référendum consultatif en 2015, et qui impliquait que le fait même d’avoir un référendum divisait trop le pays. La question sera donc à poser par les journalistes modérateurs des plateaux: Madame Reding êtes-vous pour une démocratie participative qui implique le citoyen au-delà du processus des élections?

Viviane Reding est à l’origine de mauvaises politiques européennes et de grandes paroles sans effets

Une mesure phare de Viviane Reding, en dehors du très réducteur quotas de femmes, est l’abolition du roaming. Bien apprécié par les consommateurs européens qui voyagent beaucoup, la question qui se pose est donc d savoir qui est censé rembourser la diminution de revenus par les opérateurs téléphoniques? En fin d’année dernière, les consommateurs danois se sont plaints des augmentations considérables du coûts de la téléphonie, dû à l’augmentation des prix pour tout le monde. En court: le citoyen âgé, qui ne quitte jamais le pays, paye pour le bureaucrate qui voyage dans toute l’Europe. Pour Viviane Reding par contre, la mesure reste une victoire contre les gourmands opérateurs. Reste à voir l’évolution des prix au Grand-Duché.

Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) est également un produit Reding, qui montre déjà ses effets néfastes sur le marché européen. Sites internet internationaux bloqués, entrepreneurs face à des coûts de mise en conformité astronomiques, et lancement d’énormes actions en justice contre les géants du net comme Facebook ou Google en mai. Vous sentez l’air pro-business, rivalisant les Etats-Unis? Moi non plus.

Mais pour Viviane Reding, il faut un acte de foi dans le projet européen, pour l’améliorer avec toute la force du pouvoir réglementaire. C’est probablement la raison pourquoi elle s’est décidée à quitter Bruxelles pour le Luxembourg.

Les mauvaises politiques, ça s’appliquent partout.


Pictures are Creative Commons.

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About Bill Wirtz

My name is Bill, I'm from Luxembourg and I write about the virtues of a free society. I favour individual and economic freedom and I believe in the capabilities people can develop when they have to take their own responsibilities.

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