Pourquoi le snus est-il toujours illégal dans l’Union européenne?

En 1990, après une recommandation de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Royaume-Uni et la Belgique avaient interdit le tabac sans fumée humide connu sous le nom de « snus ». Popularisé en Scandinavie, le snus est vendu dans de petites poches blanches préemballées, généralement consommées placées sous la lèvre supérieure. Contrairement au tabac à priser sec ou au tabac à tremper, le snus (qui est le mot suédois pour «tabac à priser») ne provoque pas d’urgence à cracher et, logiquement, n’endommage pas la santé pulmonaire de ses consommateurs.

Plus de snus que de cigarettes

Si l’on en croit les chiffres d’Eurostat, la prévalence du tabagisme en Suède est la plus faible de toute l’Europe. En réalité, les taux de tabagisme suédois sont deux fois moins élevés que ceux de la plupart des pays européens et sont trois fois inférieurs à ceux de la Bulgarie, de la Grèce, de la Hongrie ou de la Turquie. Il est difficile d’imaginer que le snus ne joue pas un rôle dans ce chiffre, notamment parce qu’il n’est pas considéré comme un produit qu’on fume en tant que tel. Statistics Norway a révélé cette année que l’année 2017 marquait la première fois que les gens âgés entre 16 et 74 ans consommaient de plus grandes quantités de snus que de cigarettes. Le bureau de statistique révèle également que la consommation de snus est en grande partie un phénomène jeune et masculin, la plus grande branche de consommation étant constituée d’hommes âgés entre 25 à 34 ans.

Ce n’est certainement pas une mauvaise chose, notamment parce que le snus est une meilleure alternative que les cigarettes. En fait, le Conseil américain pour la Science et la Santé a critiqué la position en 2016 de la Food and Drug Administration (FDA), l’agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux, pour son refus d’autoriser le snus comme produit à risque réduit. Il faut, dans ce contexte, savoir que la nicotine, tout comme la caféine, ne provoque pas le cancer. Ce sont les autres substances contenues dans une cigarette qui peuvent en effet entraîner des risques pour la santé.

Mystère

Dans le cas des cigarettes électroniques, le principe de réduction des risques est aussi méconnu par la politique, mais au moins le produit reste légal. Comment exactement le snus, un produit dont on a prouvé qu’il contribuait à diminuer les maladies liées au tabac en Suède, reste illégal au sein de l’Union européenne, est un mystère. En 1992, deux ans après son interdiction au Royaume-Uni, le Parlement européen a décidé d’interdire entièrement le snus, sauf en Suède lors de son adhésion en 1995. Cela signifie que le snus ne peut être vendu qu’en Suède et explique pourquoi le produit est largement inconnu en Belgique.

Ce mois-ci, le principal producteur de snus suédois, Swedish Match, a contesté l’interdiction du snus devant la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) à Luxembourg, espérant la lever et commercialiser son produit au-delà du marché suédois. Le producteur a soutenu que l’interdiction n’était pas proportionnelle et ne prenait pas en compte le potentiel de « harm reduction » (diminution des risques). L’interdiction a été défendue par des avocats de la Commission européenne, du Conseil européen, du Parlement européen, de la Norvège et du Royaume-Uni. Les arguments présentés incluaient que le niveau de la consommation de tabac en Europe devait être réduit de tous les côtés, et que le snus pouvait être considéré comme une passerelle vers les cigarettes conventionnelles. Bien qu’il n’y ait aucune preuve scientifique à cette affirmation, vous vous demanderez pourquoi l’UE a rendu illégale la drogue d’entrée de jeu, tout en gardant la cigarette (implicitement considérée comme pire) en place. Pour la Norvège, l’argument contre le snus pourrait très bien être qu’il serait populaire parmi la population locale, qui peut déjà y avoir accès en voyageant vers son pays voisin. Mais d’où vient l’engouement d’autres pays, comme la Belgique, pour interdire un produit qui est à peine connu localement?

Encourager des produits qui réduisent les risques

Il semble en fait que la décision de la CJEU portera un coup aux fabricants de snus suédois. L’avocat général danois Henrik Saugmandsgaard Øe a conclu que le snus reste un danger pour la santé, ce qui légitime l’interdiction. Bien que le tribunal ne soit pas tenu de suivre l’avis de l’avocat général, il est probable qu’il le fasse.

Si le but des Etats est de réduire le nombre de fumeurs, ils devraient alors encourager des produits qui réduisent les risques, comme les cigarettes électroniques et, également, le snus. Arrêter de fumer peut être louable et peut être le but ultime de cette politique, mais nous devons reconnaître que cesser de fumer n’est pas facile pour tout le monde. Si nous avons conscience de l’existence de produits pouvant réduire les risques pour la santé des consommateurs, alors nous devons les soutenir.

Sans dire que parler de “snus” nous fait tous sonner un peu plus suédois. Pas une mauvaise chose non plus.


Cet article a été publié par La Tribune.

Pictures are Creative Commons.

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About Bill Wirtz

My name is Bill, I'm from Luxembourg and I write about the virtues of a free society. I favour individual and economic freedom and I believe in the capabilities people can develop when they have to take their own responsibilities.

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