6 arguments en faveur de la légalisation de toutes les drogues

“Les drogues sont dangereuses et doivent être interdites” est une exclamation qui a considérablement influencé notre société ces dernières décennies. La prohibition des drogues dures est devenue un facteur si important que nous la mettons même en relation avec un propre mot: The War on Drugs, la Guerre contre les drogues. Ce terme trouve son origine chez le président américain conservateur Richard Nixon qui l’a déclarée en 1972. De nos jours, la majorité des pays européens interdisent de vendre ainsi qu’être en possessions de drogues comme le cannabis, la cocaïne ou l’héroïne. Le concept de cette prohibition n’est que rarement remis en cause, bien qu’il y ait de bonnes raisons pour une légalisation, au bénéfice des consommateurs et des non-consommateurs.

#1 Liberté individuelle

Ce que vous faites avec votre corps est votre choix, c’est le résultat d’une décision délibérée qui n’a aucun impact sur la vie des autres. La consommation de drogues n’est pas un crime violent (ce qui pose la question si ça peut alors vraiment toujours être considéré comme un crime), elle nuit qu’au consommateur lui-même. Ceci nous rappelle de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, ayant valeur constitutionnelle en France, qui nous dit dans son article 4 que “La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui”. Ce concept de la libre disposition de son corps est souvent présenté par les militants en faveur la légalisation du cannabis, mais il s’applique à toute autre substance stupéfiante.

Après tout, si ce que vous faites ne nuit pas à ma personne, qui suis-je pour vous l’interdire?

#2 La toxicomanie est une maladie, pas un crime

On pourrait considérer que cet argument s’ajoute au premier, sachant que beaucoup de gens répondent à cet argument que l’État n’a que la bonne intention de nous protéger de nous-même. Il faut d’abord dire que tous les stupéfiants ne sont pas nécessairement dangereux, en fonction de leur consommation (un sujet que nous abordons dans les points à venir), mais que leur promotion n’est bien sûr pas recommandée. La plupart de ces drogues sont dangereuses, peuvent entraîner des risques très importants pour la santé et souvent même la toxicomanie. Le Luxembourg a reconnu cet effet néfaste en mettant en place des salles de shoot. Mais attendez, si l’État vous soutient dans la lutte contre une maladie que, techniquement, vous devriez être incapable d’attraper, n’observe-t-on pas là une certaine reconnaissance du fait que la répression n’a pas marché?

Est-ce que vous commenceriez à consommer l’héroïne juste parce qu’elle venait d’être légalisée ? Vous me dites non, et il y a des preuves qui nous donnent raison de penser que votre voisin ne commencera pas non plus. En juillet 2001, le Portugal a décriminalisé toutes les drogues, avec des effets très positifs: le nombre d’infections par le VIH liées à la consommation de drogues a diminué de 17%, le nombre d’overdoses d’héroïne a diminué de 50%, comme cela a été le cas, en outre, pour le taux de mortalité et le nombre d’adolescents consommateurs.  (Source / surtout les pages 11 et 12) De plus, le nombre total de consommateurs de drogues est resté plus ou moins le même.

#3 Mettre fin au marché noir

Les plus grands défenseurs de la prohibition sur les trafiquants, puisqu’il s’agit de la fondation de leur modèle d’affaires. C’est pendant  la prohibition de l’alcool aux États-Unis entre 1920 et 1933, que des criminels comme Al Capone ont vu le jour. La Guerre de la drogue au Mexique est menée depuis 2006 et d’après un rapport de Human Rights Watch, a coûté la vie à plus de 60.000 personnes entre 2006 et 2012 et est responsable de 20.000 disparitions (Source).

Drug-War_Related_Murders_in_Mexico_2006-2011

D’après le United States Department of Homeland Security, les cartels de drogues mexicains gagnent entre 19 et 29 milliards de dollars par an (Source). La présence de ces dealers fait en sorte que les rues sont moins sûres la nuit. Dans leur compétition afin de conquérir des zones précises, beaucoup de gens meurent chaque année. L’argent généré dans ces traffics est souvent utilisé pour financer d’autres crimes beaucoup plus graves. Y s’ajoute le fait que la conséquence la plus néfaste de la présence du dealer, surtout en ce qui concerne les mineurs, est qu’il est à même de proposer d’autres substances potentiellement encore plus nocives et de convaincre des gens à le joindre dans ces affaires.

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#4 Rendre plus efficace le travail de la police et réduire les dépenses

D’après le ministère de la justice luxembourgeois, 28% des hommes et 17% des femmes sont incarcérés pour des infraction liées aux stupéfiants, que ce soit pour la possession ou le trafic (Source), faisant d’eux la sous-population la plus importante de nos prisons. Dans le rapport annuel 2013 de la police, les autorités ont estimé que la possession, la consommation et le trafic de stupéfiants constituent les infractions les plus commises.

Police

En fait, si nous faisons la comparaison avec les autres statistiques issues de la présentation de la police, nous observons que 3.222 infractions ayant été commises ont un lien avec des stupéfiants, et que les infractions verbales, dont la calomnie, étaient plus nombreuses (3.302). Il convient de dire que je ne suis pas un policier, mais je ne peux qu’imaginer le temps massif consacré au combat contre ces “crimes”. Pour le Luxembourg, il n’y a pas de chiffres, mais le Cato Institute aux Etats-Unis a démontrer que le simple fait de mettre un terme définitif à la Guerre contre les drogues permettrait d’économiser 41,3 milliards de dollars. N’est-t’il pas beaucoup plus censé que les forces de l’ordre enquêtent sur des vrais crimes et que les toxicomanes devraient être considérés comme ayant un problème de santé et pas un problème avec la loi?

Si onlégalisait les drogues, on aurait l’embarras du choix entre un taux d’élucidation de crimes violents plus élevés et la réduction des dépenses pour nos forces de l’ordre en total.

#5 Traiter des conditions médicales et soutenir la recherche

Tout comme la morphine, les drogues aujourd’hui considérées comme étant illégales peuvent être prises en compte pour des traitements médicaux et la recherche scientifique. Le cannabis, par exemple, peut être utilisé pour traiter des conditions médicales variées, et peut même être utilisé pour alléger la vie des gens atteints de la SLA,  comme est prétendu dans une étude publiée dans le American Journal of Palliative Care. L’usage dans un cadre strictement privé est un débat politiquement agité et ce à cause des différentes conceptions de droits et des libertés. Mais comment peut-on s’opposer à une légalisation qui a comme potentiel d’aider tant de gens dans leur combat contre des maladies très graves?

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#6 Créer de nouveaux marchés et de la croissance économique

La légalisation des drogues alimentera le marché de nouveaux produits qui sont en demande, générant des profits. La qualité du produit, facteur clé quand il s’agit de la gravité de la dépendance et du chiffre de morts, croîtra tout comme celle de l’alcool après la prohibition des États-Unis en 1933. C’est au consommateur de faire ses propres choix. La réputation des producteurs serait aussi en jeu tout comme celle des producteur d’aliments, ayant comme mesure de régulation l’effet du bouche à l’oreille ou les entreprises privées de marquage d’articles.
En effet, les drogues les plus dures deviendraient moins importantes sur le marché, à cause d’un effet qui s’appelle potency effect (l’effet de puissance):

#Conclusion

Les intentions derrière la prohibition des drogues sont claires et sans doute bonnes, il va sans dire que ces substances sont parfois très dangereuses. Tout de même, une législation ne devrait pas être évaluée selon ses intentions, mais selon ses résultatsC’est pourquoi la question qui se pose actuellement est de savoir si la législation actuelle ne fait pas qu’aggraver le mal. Si on ne peut pas être d’accord sur le fait que la consommation de drogues est un exercice des libertés individuelles, on peut au moins se rassembler autour de la conclusion que cette Guerre contre les drogues est échec. Un réel échec.

En effet, il n’a jamais été si simple d’acheter des drogues:

Drugs

Il est donc temps qu’on se pose la question si on défend la politique de la prohibition en se basant sur des arguments fondés, ou sur la peur et l’habitude? Est-ce qu’on défend les individus ou les intérêts des cartels de drogues? Qui dans notre société profiterait si on arrêtait enfin de poursuivre des gens pour des plantes? Comment est-ce que la liberté de faire un choix est devenue si terrifiante?

Vous m’excuserez donc de trop en parler. La liberté, c’est aussi un peu comme une drogue. Comme le café, disons.


Cet article est une traduction de mon article 6 reasons to legalise all drugs en anglais.

A voir aussi: Ce que coûte la guerre contre la drogue

Thank you for liking and sharing!

About Bill Wirtz

My name is Bill, I'm from Luxembourg and I write about the virtues of a free society. I favour individual and economic freedom and I believe in the capabilities people can develop when they have to take their own responsibilities.

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