La France subventionne et taxe le sucre simultanément

Dans un nouveau geste visant à réprimer les dangers pour la santé publique, l’Assemblée nationale vient d’augmenter la taxe soda. Combien de temps les gens continueront-ils à accepter l’État nounou?

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, s’était initialement montrée sceptique envers les nouvelles propositions de taxes sur les boissons gazeuses. Dans des interviews début octobre, elle a déclaré que «nous taxerions essentiellement les plus pauvres des pauvres», et qu’elle préférerait augmenter la fiscalité sur le tabac.

Au lieu de simplement ajouter une nouvelle taxe, Buzyn estimait que le gouvernement devrait déployer plus d’efforts dans les campagnes de santé publique et fournir des outils éducatifs aux parents.

Fin octobre, cependant, le ministère de la Santé est parvenu à un accord sur cette question qui ne prévoit pas de nouveaux outils pour l’éducation, mais simplement une nouvelle taxe sur le sucre ajouté. La ministre a insisté sur le fait que l’augmentation de la taxe n’était pas là pour augmenter les recettes de l’État, mais pour sévir contre la consommation «très dangereuse» de sucre.

En dépit de ne pas l’admettre, le gouvernement espère clairement une augmentation massive des recettes grâce à ce genre de taxes. En septembre, le Parlement a déjà plaidé pour une augmentation, qui fait suite à une proposition de 2016, qui augmenterait les recettes de plus d’un demi-milliard d’euros par an. Autant de soucis pour les plus pauvres…

Il est peu probable que Les Républicains s’opposent aux nouvelles politiques de l’État nounou, car ils sont eux-mêmes à l’origine de cette taxe. La taxe sur le soda a été introduite par Nicolas Sarkozy, avant d’être augmentée par le quinquennat socialiste. La taxe initiale représentait 7,53 euros sur 100 litres de soda, soit 2,51 cents pour une cannette de 33 centilitres.

On pourrait penser que cela est empreint d’ironie, étant donné que, en faisant partie de la politique agricole commune de l’Union européenne (PAC), la France subventionne également le sucre. Subventionner le sucre avant de le rendre plus cher une fois qu’il est vendu: on pourrait imaginer des politiques qui plaisent plus au Français.

La dette de la France s’approche des 100% du PIB, le chômage est de 10% (le taux de chômage des jeunes est deux fois plus élevé). Le taux de l’impôt sur les sociétés atteint un taux stupéfiant de 33,3% à compter de cette année (+8% par rapport à la moyenne de l’OCDE et +11% par rapport à la moyenne de l’UE).

Si vous ajoutez ensuite la forte présence syndicale, les grèves et les protections des travailleurs qui peuvent vous poursuivre dans les années à venir si vous les licenciez, il semble un peu étrange que le gouvernement pense que le problème vienne du fait que François, qui travaille à la station-service, veut un deuxième coca avec son Big Mac.

La France démontre en effet un certain hédonisme culinaire, et cet état d’esprit a des effets sur la santé: entre 1997 et 2009, le taux d’obésité est passé de 8,5 à 14,5%. En 2016, Le Monde signale que le nombre de personnes obèses a dépassé les 15,5%, avec 25,3% de femmes et 41% d’hommes en surpoids.

Mais ce n’est pas vraiment les boissons sucrées qui posent problème. Les Français aiment bien manger, en consommant leurs repas avec une quantité considérable de vin (plus de 40 litres par personne et par an). Et pourtant, vous ne pouviez pas, en tant que ministre du Gouvernement, cibler la viticulture. Viser de grandes sociétés étrangères telles que Coca-Cola ou Pepsi s’avère être plus électoralement défendable.

Alors oui, la France a des inquiétudes quand il s’agit de vivre sainement, mais la principale question est: de qui est-ce le problème? Est-ce le problème de l’État?

Après avoir interdit les publicités pour les cabines de bronzage, les distributeurs de soda dans les écoles et les gobelets en plastique, rien ne semble vraiment hors limite pour les législateurs. Plus tôt cette année, la France a interdit les sodas en fontaines libre-service dans les restaurants, avec le résultat que les gens vont simplement consommer leurs boissons gazeuses à la maison plutôt que chez McDonald’s.

Maintenant la question pour ceux qui font passer le pragmatisme avant la liberté est évidemment: les impôts sur les sodas rendront-ils les gens plus sains? Et il n’y a pas de réponse définitive à cette question.

Si le besoin de consommation de sucre persiste, les gens risquent de dégrader leurs standards de qualités ou simplement de les remplacer par de la nourriture ou des boissons moins chères.

Cela a été démontré dans l’exemple du Danemark, qui a introduit une taxe spéciale sur les produits de consommation, avant d’abroger la loi (avec la même majorité) 15 mois plus tard. Qu’est-il arrivé? Non seulement la taxe représentait un fardeau supplémentaire pour les personnes à faibles revenus, mais elle incitait aussi les consommateurs à acheter des produits moins chers dans les supermarchés (tout en maintenant leurs consommations de matières grasses), sans impact sur la santé et sans impact majeur sur la consommation.

Plutôt que de tomber dans le même piège de l’État nounou qui surréglemente la vie des individus, à savoir les préférences personnelles, la France devrait choisir la voie de la liberté. Les adultes peuvent faire des choix éclairés au sujet de leurs propres vies, et même si ces choix ne sont peut-être pas les plus éclairés pour chaque individu, ils restent supérieurs au choix non éclairé d’une minorité privilégiée de législateurs.


Cet article a été publié par Le Figaro.

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About Bill Wirtz

My name is Bill, I'm from Luxembourg and I write about the virtues of a free society. I favour individual and economic freedom and I believe in the capabilities people can develop when they have to take their own responsibilities.

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