L’économie de partage: efficacité et emplois

Dans les résultats de comparaison internationale sur l’économie de partage, le Luxembourg est évalué comme un mauvais élève. Il s’avère que le système de réglementations est trop rigide et ne donne pas le droit à de nouveaux modèle d’entreprises de se développer. L’économie de partage n’est pas seulement une façon différente de présenter des services comme Uber ou Airbnb mais un vaste ensemble d’entreprises. Il s’agit aujourd’hui de repenser le système d’autorisation de l’Etat et de donner plus de flexibilité aux entreprises, aux employés, et aux consommateurs.

Prenant l’exemple d’Uber. Uber est une plateforme de covoiturage qui, depuis sa création il y a huit ans, est désormais présente dans 66 pays et plus de 500 villes dans le monde. D’un simple clic dans une application, les utilisateurs peuvent appeler un chauffeur, connaître son tarif estimé et surveiller le chemin qu’il emprunte pour arriver à destination. Un système de notation de cinq étoiles permet aux conducteurs et aux passagers de s’évaluer mutuellement, ce qui améliore l’expérience globale. Uber est un service plus efficace et plus moderne que le service de taxi.

Ce qui est intéressant, c’est que Uber n’est pas qu’un simple concurrent des taxis.  Il y a aussi un grand nombre de néo-consommateurs qui n’utilisaient pas les services de taxis classiques, car ils étaient simplement beaucoup trop chers. Il faut ainsi voir l’économie de partage comme une démocratisation de la vie des consommateurs: ils ont accès à plus de services et à un nouveau pouvoir de contrôle à travers un système d’évaluation. Dans des systèmes protégés par l’Etat à travers des systèmes de permis, les consommateurs sont obligés d’attendre le verdict d’un administrateur ou d’un chef d’entreprise pour espérer voir une amélioration de l’offre.

Définir “l’économie de partage” est un énorme défi. Il faut que le service soit une plate-forme, distincte du demandeur et du fournisseur de la prestation. De plus, il faut qu’il n’y ait pas de transfert de biens ou de services de la plateforme elle-même. L’objectif premier de la plate-forme est donc simplement de faciliter l’échange de services.

Au niveau de l’emploi, cette définition signifie que les contrats sont conclus au cas par cas. Le demandeur et le fournisseur s’accordent sur un accord unique, sans contrat à long terme, lors de chaque prestation.

Dans le Timbro Sharing Economy Index (TSEI) du think tank suédois Timbro, publié par les chercheurs économiques Andreas Bergh, Alexander Funcke et Joakim Wernberg, on a essayé de répondre aux questions essentielles sur l’économie de partage. Le CEO de Timbro, Karin Svanborg-Sjövall, écrit dans le préface:

“Cet indice – le tout premier du genre – teste un certain nombre d’hypothèses sur la corrélation entre l’évolution de l’économie de partage et le contexte réglementaire. Ces services sont-ils entravés ou stimulés par des niveaux élevés d’intervention gouvernementale dans l’économie ? L’économie de partage peut-elle contribuer à pallier le manque de confiance sociale générale qui constitue un obstacle important à toute activité économique ?”

L’indice a été compilé à l’aide de données sur le volume de trafic et capture de données d’écran (data scraping). 4 651 candidats dans le monde entier ont été pris en considération, dont 286 ont été classés dans la catégorie des services d’économie de partage. Mais le Grand-Duché n’arrive même pas à répondre à la question nuancée de Madame Svanborg-Sjövall, car il reçoit zéro point et se situe en fin de classement, à la 211ème place, entouré par des pays comme le Burundi, le Myanmar, le Pakistan ou l’Afghanistan. Il s’avère que le Luxembourg est le seul pays européen à faire un score aussi bas. Les meilleurs résultats sont ceux de l’Islande, des Îles Turques-et-Caïques (un territoire britannique d’outre-mer aux Caraïbes), de l’île de Malte, du Monténégro  et de la Nouvelle Zélande. La France se trouve à la 19ème place, la Belgique à la place 54, et l’Allemagne à la place 77.

Cet indice montre que la présence et l’utilisation de l’économie de partage n’est pas lié à la prospérité du pays, et montre que l’accusation comme quoi l’économie de partage n’est qu’un moyen pour contourner des réglementations existantes n’est qu’un mythe. Les consommateurs partent du best practice: si un service X est supérieur, il sera plus utilisé. Dans l’exemple de Airbnb: ce service est très populaire sur des marchés où il y a une explosion des prix de locations (qui affecte directement aussi les prix de l’hôtellerie), et beaucoup moins important dans des régions où il n’y a pas de pénurie sur le marché des nouvelles infrastructures d’habitation.

Aux Etats-Unis l’an dernier, le Bureau of Labor Statistics (BLS), qui est lié au Département du Travail, a rapporté que 55 millions de personnes aux États-Unis sont des travailleurs vivant de cette économie de partage. Cela représente plus de 35% de la main-d’œuvre américaine. On prévoit que ce pourcentage passe à 43% d’ici 2020. Ces chiffres sont impressionnants.

L’économie de partage offre aussi des occasions d’emplois qui n’existaient pas auparavant pour certaines personnes. Un commentaire de Benjamin Bell (Head of Public Policy, UKI chez Uber) apparu récemment sur le réseau social LinkedIn, le démontre clairement : “Je me suis fait conduire à la maison par un homme avec une déficience auditive, très bien noté dans l’application par les passagers Uber, mais pas sur le marché du travail traditionnel.” Il ajoute: “La technologie abaisse les barrières et élève les aspirations.”

Il n’est pas dans l’intérêt du pays ou des consommateurs de réglementer l’économie de partage pour protéger les intérêts d’industries et de corporations qui, depuis des décennies, bénéficient de la réglementation de l’Etat. Si les hôtels et les taxis veulent concurrencer les nouvelles technologies, ils devront s’adapter au lieu de s’accrocher à la protection gouvernementale. L’économie de partage est la disruption technologique nécessaire et dont nous pouvons tous bénéficier.


Cet article a été publié par AGEFI Luxembourg.

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About Bill Wirtz

My name is Bill, I'm from Luxembourg and I write about the virtues of a free society. I favour individual and economic freedom and I believe in the capabilities people can develop when they have to take their own responsibilities.

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