Oxfam ne comprend toujours rien à l’économie

D’une méthodologie douteuse, le dernier rapport d’Oxfam sur les inégalités au sein des entreprises du CAC 40 ? A plus d’un titre, oui. Ces derniers jours, dans la presse, experts, journalistes et responsables politiques ont semblé s’en étonner. Ce n’est pourtant pas la première fois que les activistes qui composent l’ONG britannique démontrent leur vrai talent : celui de tordre la réalité pour alimenter leur idéologie politique, au mépris de toute rigueur scientifique. La question qui se pose, dès lors, c’est pourquoi continuer de donner de l’écho à de tels plaisantins, dont les inepties ne sont pas sans conséquences, puisqu’elles nourrissent la défiance des Français envers leurs dirigeants et entreprises ?

En janvier déjà, Oxfam avait produit un document similaire sur les inégalités, absurde en termes de méthode, puisque la richesse était calculée en fonction de sa valeur nette, c’est-à-dire des actifs des individus moins leurs passifs. En lisant ces chiffres, le lecteur attentif se pose des questions, car la plupart des pays qui ont des économies développées autorisent un endettement considérable. Or, de la même manière, les grandes fortunes matérielles ont également une dette importante, puisque c’est la façon avec laquelle elles nourrissent leurs investissements.

Amateurismes. De même, un jeune diplômé de grande école qui vient de trouver un emploi commence avec un revenu faible et une dette très importante, qui est en fait un investissement dans ses gains potentiels futurs. Si on compare sa situation à celle d’un agriculteur chinois à faible revenu, des actifs limités, mais peu ou pas de dette, en reprenant la méthodologie d’Oxfam, l’agriculteur rural surpasse de loin ce diplômé universitaire endetté.

Le nouveau rapport d’Oxfam sur les revenus des PDG du CAC 40 est criblé de comparaisons similaires, de raccourcis, d’amateurismes, de chiffres sortis de leurs contextes. Ce contexte, pourtant, est essentiel à une juste compréhension des enjeux économiques soulevés. Rappelons tout d’abord que l’écrasante majorité des entreprises sont des TPE et PME. Ces petites entreprises représentent 99,9 % des entreprises françaises et 49 % de l’emploi salarié.

Le chiffre clé que nous révèle ce nouveau rapport, c’est que le PDG d’une entreprise du CAC 40 gagne 257 fois plus qu’une personne au SMIC. On lit : « En 2016 la rémunération moyenne des PDG du CAC 40 était de 4 531 485 euros. Le SMIC annuel brut était estimé à 17 599 euros selon l’INSEE soit un écart de 257 : 4 531 485/17 599 = 257 »

Revenu médian. Oxfam utilise le revenu moyen des PDG du CAC 40 au lieu d’utiliser le revenu médian, plus réaliste. L’organisation explique qu’elle n’a pas les données, faute de transparence des entreprises, mais semble quand même tout à fait prête à utiliser le revenu moyen pour pouvoir faire sensation en affirmant que les PDG du CAC 40 gagnent plus de 250 fois le SMIC. Le calcul du revenu médian par contre, contrairement à celui du salaire médian, est tout à fait possible, et donne un résultat inférieur à 250. Si nous faisons ce calcul, nous trouvons que le revenu médian des PDG du CAC 40 en 2016 était de 3,745 millions, qui fait que nous arrivons à 3 745 000/17 599 = 212. Notons par ailleurs que ce calcul ne prend pas en compte une différenciation des heures travaillées par les gens payés au SMIC. Est-ce que Oxfam nous demande de comparer une personne qui travaille à mi-temps avec une personne qui fait des heures supplémentaires de façon régulière ? Et pourquoi Oxfam nous cache que les salaires fixes des dirigeants d’entreprise ne représentent que 12 % de leur revenu total, et que les options, bonus et actions (déterminés en fonction de la performance de l’entreprise) varient de façon constante ? Admettons que nous soyons en possession de toutes les données sur le salaire médian, nous n’aurions que 12 % des revenus totaux, et surtout pas un facteur 257.

Ensuite, pour ce qui concerne l’affirmation selon laquelle les sociétés du CAC 40 auraient versé 67,4 % de leurs bénéfices à leurs actionnaires sous la forme de dividendes, il est essentiel de rappeler que ces derniers sont versés en fonction de la valeur ajoutée de l’entreprise et après que les salaires ont été payés. Or, comme le remarque l’économiste Jean-Marc Daniel, depuis 1985, 65 % de la valeur ajoutée d’une entreprise va aux salaires et 35 % va à l’excédent brut d’exploitation, qui est soit redistribué sous forme de dividendes et ou de participation, soit investi dans l’appareil productif de l’entreprise.

Mais on va nous expliquer que ces « petites erreurs de calcul » et cette représentation n’ont pas d’importance. Après tout, Oxfam n’est pas là pour faire de la recherche, mais pour nous faire la morale. Faut-il rappeler que Cécile Duflot, l’ancienne Ministre du Logement, auteure de la catastrophique Loi Alur dont les mesures se font encore sentir sur le secteur du bâtiment, vient juste de reprendre les rênes de l’antenne française d’Oxfam ? Lui doit-on l’apparition d’une proposition de nouvelle liste noire des paradis fiscaux à la fin du rapport ? Cette liste devrait inclure la Belgique et le Luxembourg, qui ne sont pourtant en aucun cas des paradis fiscaux. Ajoutons que les entreprises du CAC 40 qui sont épinglées (LVMH, BNP Paris, la Société Générale, le Crédit Agricole et Total) se trouvent dans des pays qu’Oxfam considère comme des paradis fiscaux, non parce qu’elles pratiquent l’évasion fiscale (Oxfam concède d’ailleurs à demi-mot n’avoir aucun élément permettant de l’attester), mais parce qu’elles y ont des clients. Retirer leurs filiales de tous ces pays reviendrait à se priver d’une part considérable de chiffre d’affaires.

ONG politique et idéologique. Au lieu de reconnaître les exploits qui ont été réalisés par le développement du marché libre, Oxfam veut remettre au goût du jour le stéréotype du patron d’opérette, homme en costume fumant un cigare dans son bureau tout en regardant, depuis sa verrière, ses employés exploités en contrebas. Mais cette caricature, inspirée du bonhomme Monopoly, n’a plus grand-chose à voir avec la réalité des choses.

Comme le rappelle Steven Pinker dans son dernier ouvrage, Enlightenment now, alors que 90 % de la population mondiale vivait dans l’extrême pauvreté en 1820, il n’en reste plus que 10 % aujourd’hui, grâce à l’économie de marché. Au cours des dernières décennies, le miracle économique chinois a sorti 600 millions de personnes de la pauvreté absolue, réduisant ainsi de moitié les niveaux de pauvreté extrême dans le monde. Nous vivons à l’époque la plus matériellement prospère de l’histoire, et ce n’est pas près de s’inverser.

Oxfam est une ONG politique et idéologique. Elle continuera à divulguer des rapports trompeurs afin d’argumenter en faveur d’une large redistribution qui nuirait à notre performance économique et, in fine, à ceux qu’elle prétend secourir. Aider les plus pauvres, c’est s’opposer à cette démagogie. C’est, aussi, pour les médias, cesser de la relayer massivement.


Cet article a été publié par l’Opinion.

Pictures are Creative Commons.

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About Bill Wirtz

My name is Bill, I'm from Luxembourg and I write about the virtues of a free society. I favour individual and economic freedom and I believe in the capabilities people can develop when they have to take their own responsibilities.

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