La politique anti-alcool nous rend ivre

Les politiques visant à lutter contre la consommation d’alcool se sont multipliées de manière agressive au cours de la dernière décennie. Les lobbyistes de la santé publique nous disent continuellement que nous n’en faisons tout simplement pas assez pour réduire la consommation d’alcool dans tous les secteurs. En conséquence, les politiciens ont procédé de la manière suivante : ils taxent et réglementent nos boissons préférées, sans se soucier des conséquences imprévues.

Prenons l’exemple du prix unitaire minimal de l’alcool en Écosse. Après une querelle de dix ans avec les producteurs d’alcool, le gouvernement écossais s’attaque maintenant à la consommation. La législation, adoptée par le Parlement écossais en 2012, et autorisée récemment par la cour suprême britannique, fixe un prix minimum de 50 pence par unité d’alcool, ce qui porterait le prix le plus bas d’une bouteille de whisky à 14 £. La mesure est annoncée sans pour autant qu’il n’existe de preuve qu’elle améliorera la santé des consommateurs. Une méta-étude de 2013, qui a analysé 19 études différentes, indique que seulement deux d’entre elles ont trouvé une réduction significative et substantielle des taux de consommation d’alcool en réponse à la hausse des prix de l’alcool – «et même ces deux résultats ont été mitigés». Et pourtant, les juges de la Cour suprême ont reconnu qu’il s’agissait «d’un moyen proportionné d’atteindre un but légitime», car peu importe que votre politique fonctionne ou non, tant que vous avez de bonnes intentions.

D’un autre côté, les risques semblent évidents: si l’élasticité-prix est faible, les personnes à faible revenu dépenseront simplement une plus grande partie de leur revenu pour de l’alcool, afin de compenser l’augmentation. Cela signifie : moins d’argent à dépenser pour acheter des livres, de la nourriture saine ou des cadeaux pour enfants. Cependant, même si l’élasticité était élevée, nous risquerions de créer une hausse plus importante des ventes sur le marché noir: les ménages essayerons de trouver des produits moins chers, même si ces substituts viennent du marché illicite.

Un article récent paru dans The Herald exposait les préoccupations d’un consultant du NHS (le système de sécurité sociale britannique), le Dr Michael Colvin, qui estime que l’une des conséquences imprévues du prix unitaire minimal pourrait être une augmentation de l’utilisation d’analgésiques. «Les consommateurs qui consomment de gros volumes d’alcool à petit prix, doivent être vulnérables à la consommation de médicaments … nous voulons tous que le prix unitaire minimal soit un succès, mais certains écossais malheureux, trouvant leur boisson préférée hors de portée, peuvent simplement se procurer des analgésiques».

Le prix unitaire minimal s’inscrit dans une longue liste de politiques publiques contre la consommation d’alcool, telles que des mesures comme les horaires de vente restreintes (comme dans beaucoup de villes françaises, à 22h00) ou l’interdiction de certaines boissons qui mélangent l’alcool avec des niveaux élevés de sucre. Nous pourrions bientôt connaître une liste de mesures encore plus longue, grâce au nouvel outil favori des politiciens : la théorie du “nudge”. Dans un article paru dans The Conversation en 2016, Ivo Vlaev, professeur de science comportementale à l’Université de Warwick, suggère qu’il est possible de “nudger” (convaincre par des mesures de politique publique indirecte) les gens à boire moins d’alcool. Au cours d’une expérimentation, il a expliqué que les consommateurs d’alcool réduisaient leur consommation quand ils recevaient un SMS indiquant : «Vous êtes dans le top 10% des buveurs». Dans un exemple similaire, le fisc britannique avait collecté 210 millions de livres supplémentaires, après qu’on avait envoyé des lettres de rappel disant que “la plupart des gens dans leur ville ont déjà payé”.

Ces adeptes de la théorie du “nudge”, notion popularisée par le dernier prix Nobel d’économie Richard Thaler, sont – et il n’y a guère d’autres mots pour cela – effrayant. Si nous nous retrouvons avec des gens qui pensent qu’il faut que l’État ait le droit de nous envoyer des SMS concernant nos habitudes personnelles, alors nous avons sérieusement besoin d’une conversation sur le rôle de l’État en lui-même. De la même manière, nous pourrions facilement réduire le taux de violence domestique en installant une caméra dans tous les salons, mais nous ne le faisons pas parce que nous valorisons la liberté individuelle plus que la sécurité absolue.

Cela ne veut pas dire que l’alcoolisme n’est pas une préoccupation sérieuse. En France, l’alcool est la première cause d’hospitalisation et deuxième cause de mort prématurée. Cela a évidemment à voir avec une augmentation de la population et une consommation d’alcool plus élevée chez les femmes. En fin de compte, nous devons reconnaître que nous avons déjà parcouru un long chemin sur l’information et la responsabilité sur l’alcool. Mais si les années 1930 aux États-Unis nous ont appris quelque chose, c’est que l’autoritarisme dans le domaine de l’alcool ne fonctionne pas, et que nous devrions plutôt éduquer sur les risques de consommation excessive.

Nos vices ne sont nos ennemis que si nous les déclarons comme tels. Si nous agissons de manière responsable, ils sont ce qu’ils devraient être : du plaisir. Et nous ne nous excuserons pas pour nos plaisirs.


Cet article a été publié par Les Echos.

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About Bill Wirtz

My name is Bill, I'm from Luxembourg and I write about the virtues of a free society. I favour individual and economic freedom and I believe in the capabilities people can develop when they have to take their own responsibilities.

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