La politique de la peur n’a pas sa place dans la régulation des vices

L’économie de marché fonctionnelle nécessite des consommateurs suffisamment informés sur les produits et services qu’ils consomment. Bien qu’il soit difficile de parvenir à un marché absolument transparent, il suffit de dire qu’il est nécessaire d’avoir des règles de jeu équitables. Cependant, entreprises et politiciens pratiquent la politique de la peur pour avancer les intérêts respectifs.

La politique de la peur n’affecte pas seulement la question de l’immigration et de la politique commerciale internationale. Quand il s’agit de biens de consommation, aucun produit ne semble être à l’abri d’allégations de santé douteuses. L’exemple le plus récent est celui du glyphosate, qui a été critiqué pour des raisons de santé, bien que l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) ait conclu que le produit est sûr. L’EFSA ne semble pas recevoir la confiance des députés, car le récent débat sur la légalisation de l’utilisation des phosphates dans le kebab n’incluait pas du tout les résultats scientifiques de cette institution.

Aveuglés par le besoin constant de nouvelles interdictions, restrictions et réglementations, les parlementaires se soucient très peu des faits. L’EFSA a qualifié une consommation de phosphate allant jusqu’à 4200 mg par jour comme inoffensive. Comme le kebab moyen contient environ 134 mg de phosphate, il faut manger plus de 30 portions en une journée pour se rapprocher d’une situation dans laquelle on devrait s’inquiéter pour sa santé. Quand vous mangez 30 kebabs en 24 heures,le vrai problème ne vient pas de la consommation de phosphate. Indépendamment des résultats de 2013, les députés demandent une nouvelle enquête en 2018. Que les parlementaires s’attendent ou non à ce qu’il y ait une différence considérable entre les dernières conclusions semble peu clair.

Sur la question du tabac, on retrouve une surdité comparable. En ce qui concerne le tabagisme passif, on constate que très peu de politiciens sont prêts à admettre que l’élaboration de politiques publiques dans ce domaine a été influencée par des découvertes scientifiques discutables.

Un article extrêmement informatif de Jacob Grier dans Slate a finalement discuté la «preuve» contestable derrière les effet du tabagisme passif. Les interdictions avaient été largement mises en œuvre parce que les premières études indiquaient qu’il y avait une corrélation entre la fumée secondaire et les maladies cardiaques. Les politiciens, cependant, auraient dû attendre plus de recherches. En fait, Grier révèle qu’une étude de 2006 dans la région du Piémont en Italie (publiée dans le European Heart Journal) a révélé une baisse de 11% des maladies cardiaques après l’interdiction de fumer dans les bars, une baisse beaucoup plus faible que les 60% promis par les politiciens.

Après une interdiction radicale de fumer à l’intérieur en Angleterre, une étude de 2010 a révélé une réduction de crises cardiaques de seulement 2 pour cent. Il s’avère que ce nombre est si petit qu’il pourrait ne pas être lié aux interdictions du tout. Une étude de 2008 en Nouvelle-Zélande n’a trouvé aucune corrélation. Le Journal of Policy Analysis and Management a publié une étude en 2010 qui n’a également trouvé aucun impact significatif dans aucun groupe d’âge. Des études américaines similaires sont apparues en 2012 et 2014.

Mais ce ne sont pas seulement des politiciens qui demandent de nouvelles règlementations en se basant sur des preuves scientifiques douteuses. Des grandes entreprises sont elles aussi responsables de distorsions comparables.

Un exemple notable sur le plan des entreprises est celui des recherches publiées sur la question des sèche-mains. Une étude préparatoire pour le plan de travail sur l’écoconception 2015-2017 n’a pas étudié ce produit pour ses préoccupations éventuelles en matière de santé, ce qui constitue un préjugé contre l’utilisation de sèche-mains électriques. Une étude réalisée en 2008 par l’Université de Westminster, qui a conclu que les sèche-mains électriques devraient être évités pour des raisons d’hygiène, a été financée par le European Tissues Symposium, le lobby des serviettes en papier. Pour le lecteur régulier, une bataille entre l’industrie des sèche-mains et celle des serviettes en papier semble ridicule. Mais lorsque la politique publique mène une méthode scientifique douteuse, il s’avère que les intérêts financiers liés devraient nous intéresser tous.

La tactique sensationnaliste de la peur, dans le domaine de la santé, allait même jusqu’à dire, dans l’exemple d’ARS Technica, que «Utiliser un sèche-mains Dyson, c’est comme déclencher une bombe virale dans une salle de bain». Le même article continue, expliquant plus bas qu’il avait en fait peu ou pas de preuves à l’appui de sa thèse. Cependant, pas assez pour changer le titre, il semble bien…

Aussi peu que l’on puisse s’attendre à ce que les législateurs et l’électorat soient informés sur chaque petit problème, aussi peu devrions nous  nous étonner qu’il y ait des tentatives d’utiliser la tactique de la peur pour défendre certains intérêts particuliers. Qu’il s’agisse de glyphosate, de kebab, de tabagisme passif ou de sèche-mains: nous ne pouvons pas faire en sorte que l’élaboration des politiques publiques soit guidée par des émotions et une science douteuse plutôt que par des faits. Ces décisions affectent les moyens de subsistance des producteurs ainsi que le choix du consommateur.

La prudence à l’égard de cette politique de la peur ne doit pas être confondue avec la naïveté, mais avec la crainte d’être des pions pour un agenda politique ou d’une entreprise.


Cet article a été publié sur Café Babel.

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About Bill Wirtz

My name is Bill, I'm from Luxembourg and I write about the virtues of a free society. I favour individual and economic freedom and I believe in the capabilities people can develop when they have to take their own responsibilities.

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