Demandons une politique publique basée sur des preuves!

Lors d’une initiative récente des sociaux-démocrates et des verts au Parlement européen, un appel a été lancé en faveur de l’élimination progressive de l’utilisation du phosphate dans le fast-food döner kebab. C’était, à tout le moins le titre des médias internationaux jusqu’à ce que la faction parlementaire des sociaux-démocrates qualifie la décision de “fake news”.

Le plat populaire turque est devenu une discussion centrale parmi les députés  du comité environnemental du Parlement européen. L’UE n’autorise généralement pas l’utilisation de phosphate pour la conservation de la viande à kebab, mais accepte un nombre croissant d’exceptions. Les députés ont rejeté l’appel à une légalisation sur le produit, soulignant les “problèmes de santé”.

Encore une fois, le lobby de la santé publique lui-même a très peu de considération pour une politique fondée sur des preuves.

Après avoir perdu la bataille sur le sujet de l’herbicide glyphosate, ces groupes politiques semblent se tourner vers de nouvelles cibles. Tiemo Wölken, député allemand social-démocrate a fait remarquer que «des alternatives [au phosphate] pourraient exister» et que les membres du comité «attendent des futurs enquêtes».

En considérant l’opportunité de nouvelles réglementations, les parlementaires nient l’élément le plus important: les faits. L’Autorité européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) a qualifié d’inoffensive une consommation de phosphate allant jusqu’à 4200 mg par jour. Comme le kebab moyen contient environ 134 mg de phosphate, il faudrait manger plus de 30 portions en une journée pour se rapprocher d’une situation inquiétante pour votre santé. Et pour être franc, si vous mangez plus de 30 kebabs dans les 24 heures, ce n’est probablement pas votre consommation de phosphate qui vous posera le plus de problèmes…

L’eurodéputée allemande de centre-droit, Renate Sommer, l’a dit avec précision: “A travers la consommation de kebab, les Allemands consomment l’équivalent en phosphate de 1,5 litre de Coca-Cola.”

Une interdiction de l’utilisation de phosphates dans le kebab conduirait inévitablement à la faillite de milliers de vendeurs à travers le continent, qui n’ont pas d’autre alternative à la pratique courante consistant à utiliser de la viande préalablement congelée dans leurs établissements. Rien qu’en Allemagne, où se trouve une importante population turque, et qui produit 80% de la viande utilisée dans les ventes de kebabs de l’UE, cela pourrait coûter  plus de 100 000 emplois. L’absence d’élaboration de politiques fondées sur des données probantes pourrait ainsi ruiner la vie d’innombrables familles, dont beaucoup sont des personnes à faible revenu. Est-ce la vision des progressistes au Parlement européen?

En dehors de la question des répercussions économiques, il s’agit, plus largement, d’une question de choix du consommateur: avez-vous envie d’un paternalisme étatique constant?

Les Etats membres ne sont pas meilleurs non plus dans ce cas: la France et l’Irlande ont récemment décidé de nouvelles taxes paternalistes sur les boissons sucrées, dont le coût impacte les familles à faibles revenus, qui sont le plus affectées par ces taxes régressives.

Il suffit de regarder la «fat tax» danoise pour en apprendre beaucoup sur la nature désastreuse de ces impôts sur la consommation. Quinze mois après l’introduction de la taxe sur des produits à forte concentration en matière grasse, la même majorité parlementaire danoise avait abrogé la loi. La taxe n’avait pas réussi à rendre le pays scandinave plus sain: en effet, les consommateurs avaient substitué ces produits par des équivalents de moindre qualité et prix. A consommation inchangée, la taxe n’avait fait qu’aider les marques “low cost”.

Quelles que soient les interdictions ou les taxes sur les “péchés”, il faut aussi se poser la question de leurs effets. Il s’agit d’évaluer les politiques publiques non pas par leurs intentions, mais par leurs résultats. Il nous faut une politique publique basée sur des preuves, et non pas sur des intentions vagues!


Cet article a été publié par Les Echos.

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About Bill Wirtz

My name is Bill, I'm from Luxembourg and I write about the virtues of a free society. I favour individual and economic freedom and I believe in the capabilities people can develop when they have to take their own responsibilities.

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