Vivant aujourd’hui, Robert Schuman s’opposerait à l’Union européenne

Dans une tentative de vendre l’Union européenne en tant que super-État émergeant, ses partisans ont adopté un langage qui semble annoncer la transition d’un accord économique vers un état fédéral. Une partie de cette rhétorique consiste en la description d’individus tels que Jean Monnet, Altiero Spinelli et Robert Schuman comme des «pères fondateurs de l’UE.»

Robert Schuman, homme d’Etat français né au Luxembourg, a inspiré la coopération économique en Europe avec son plan Schuman de 1950. Mais, est-il évident d’établir un lien entre sa philosophie du libre-échange et son approbation théorique du Traité de Maastricht de 1992, qui a créé l’UE?

La déclaration du 9 mai 1950, rédigée par Schuman, ministre des Affaires étrangères de la France à l’époque, est un manifeste établissant un cadre pour une paix durable sur le continent européen. Schuman a identifié les deux pays les plus importants, à savoir l’Allemagne et la France, dont les ambitions pour la guerre éternelle ne pourraient qu’être suspendues par une dépendance économique.

Il a suggéré que mettre la production et le commerce du charbon et de l’acier sous le contrôle d’une haute autorité commune rendrait «toute guerre entre la France et l’Allemagne non seulement impensable, mais matériellement impossible».

Deux déclarations particulières semblent en effet suggérer que Schuman a davantage opté pour la conclusion logique, en plaidant pour une Union européenne unifiée. Non seulement a-t-il parlé de l’objectif d’une «Europe unifiée», mais il a également insisté sur le fait que «la mise en commun des productions de charbon et d’acier assurera immédiatement l’établissement de bases communes au développement économique, première étape de la Fédération européenne […]» .

Cependant, l’affirmation de Schuman, selon laquelle il croyait en une fédération sur le continent, n’implique pas qu’il aurait accepté l’UE de nos jours. En fait, plusieurs facteurs laissent croire que Schuman, considéré comme un héros par les europhiles de Bruxelles, serait un eurosceptique selon les normes actuelles.

Schuman est connu pour avoir été un fervent partisan du commerce entre l’Afrique et le continent européen. Depuis les années 1920, la collaboration entre les puissances coloniales en Afrique a toujours été en corrélation avec les accords sur le continent. Schuman croyait que l’intégration européenne ne pouvait fonctionner que s’il y avait un véritable intérêt pour le continent africain. Sa déclaration continue comme suit: «l’Europe pourra, avec des moyens accrus, poursuivre la réalisation de l’une de ses tâches essentielles: le développement du continent africain.»

Or, la politique commerciale protectionniste actuelle de l’UE contribue largement aux problèmes de l’Afrique. Grâce aux subventions agricoles, aux tarifs douaniers et aux normes alimentaires intrusives, l’Europe a rendu l’agriculture africaine non compétitive. Trop souvent, il est moins coûteux pour les consommateurs africains d’acheter des produits européens importés que des produits locaux. Les restrictions sur les importations africaines sont si sévères qu’il est juste de prétendre que l’économie africaine est délibérément maintenue pauvre, dans l’intérêt des agriculteurs européens.

Le point le plus important de la politique pro-commerce de Schuman est qu’il a vu le libre-échange comme un moyen essentiel pour la réalisation de la paix. Cependant, dans l’Europe de 1950, un lieu moins mondialisé, les relations commerciales avec les pays extérieurs à l’UE n’étaient pas aussi importantes qu’elles le sont aujourd’hui.

Le fait que l’UE se soit tournée vers le protectionnisme – que ce soit par des mesures antidumping contre les Chinois, ou par l’absence de libre-échange avec les États-Unis – constitue une menace à long terme pour la paix. D’après les mots du philosophe français Frédéric Bastiat, «si les biens ne traversent pas les frontières, les soldats le feront.»

Alors que Robert Schuman aurait accepté la création d’une union, il aurait certainement rejeté l’idée des positions anti libre-échange actuelles de l’UE.


Cet article a été publié par Le Figaro.

Pictures are Creative Commons.

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About Bill Wirtz

My name is Bill, I'm from Luxembourg and I write about the virtues of a free society. I favour individual and economic freedom and I believe in the capabilities people can develop when they have to take their own responsibilities.

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