Il faut repenser nos réglementations sur le génie génétique

Le Royaume-Uni est en train de revoir ses réglementations sur le génie génétique, une technologie innovante qui peut révolutionner l’agriculture. Si Westminster se décide pour une légalisation de cette technologie, elle ouvrira une voie de concurrence avec l’Union européenne, où ce secteur est entravé par un bon nombre d’interdictions . Cependant, l’argument principal pour la légalisation de la manipulation génétique n’est pas seulement un argument de compétitivité économique, mais simplement de connaissances et de progrès scientifiques.

L’approvisionnement alimentaire mondial pose de nombreux défis. Avec une population croissante et une société de plus en plus exigeante sur les normes de production, nous devons agir intelligemment. 

Augmenter la production ne signifie pas  que nous devons doubler la taille de nos exploitations, doubler le personnel ou doubler les coûts pour les agriculteurs, les consommateurs et l’environnement. En fait, les nouvelles technologies permettent de faire plus avec moins.

Le génie génétique n’est pas une technologie comme les autres. La modification génétique n’est pas née d’un besoin de rompre avec la nature, mais d’une nécessité d’interagir avec elle pour améliorer notre quotidien. Grâce à l’ingéniosité humaine, nous avons pu obtenir les fruits et les légumes que nous consommons aujourd’hui tous les jours. 

Ce que nous avons obtenu hier par la sélection des plantes et des croisements, nous l’obtenons aujourd’hui plus rapidement par notre connaissance scientifique et notre capacité à agir directement dans le code génétique. Les premières applications du génie génétique ont notamment permis de résoudre les problèmes d’environnements complexes et de climats difficiles. À mesure que le changement climatique progresse, ces défis ne feront que s’amplifier.

Imaginez l’état de la médecine humaine si nous avions refusé d’utiliser la chimie moderne pour concevoir des médicaments. Les infections des oreilles ou la pneumonie ont entraîné la mort de millions de personnes jusqu’à ce que la pénicilline soit largement utilisée. Ce qui est vrai en médecine s’applique également à l’agriculture moderne : l’agriculture à haut rendement a fait progresser nos sociétés, nous a permis de disposer d’un approvisionnement alimentaire plus sûr et a fourni plus de nourriture pour moins de ressources. 

Les technologies d’aujourd’hui sont incomparables avec celles d’il y a 30 ans. En fait, l’invention de l’édition de gènes a ouvert un nouveau chapitre pour l’agriculture et la médecine, nous permettant d’agir avec précision, avec des experts de confiance. Des modifications ciblées de l’ADN nous permettent de cibler et de comprendre beaucoup plus précisément les changements que nous apportons aux plantes.

Cependant, le génie génétique a également troublé les partisans de la prudence. Si certains rejettent toute avancée technologique, c’est parfois pour s’opposer à un certain “consumérisme”. Ce n’est pas le cas de la plupart des consommateurs, qui attendent des aliments sûrs à des prix socialement acceptables.

Les applications du génie génétique dans la production alimentaire sont nombreuses, représentant une véritable révolution pour le choix et la santé des consommateurs. Tomate résistante aux virus, riz résistant aux maladies, blé sans gluten, voici quelques-unes des nombreuses innovations rendues possibles par l’édition de gènes. Mais la technologie traditionnelle des OGM a déjà posé la pierre angulaire de l’innovation et a fourni un exemple remarquable mais tragique : le riz doré.

Comme l’explique l’un des créateurs de cette variété de riz, Ingo Potrykus, le problème dans les pays en développement n’est pas seulement la sous-nutrition, mais aussi la malnutrition. C’est à ce fléau qu’il a voulu s’attaquer, notamment à la carence en vitamine A, en créant un organisme génétiquement modifié pour prévenir cette carence. Il a donc créé une variété de riz enrichie en bêta-carotène, un précurseur de la vitamine A, une norme qui reste à améliorer. On estime que la carence en vitamine A rend aveugles près de 500 000 enfants et cause entre 1 et 2 millions de décès chaque année. Cela est dû au fait que dans de nombreux pays en développement,  les régimes alimentaires reposent presque exclusivement sur les variétés de riz existantes, qui n’offrent pas la diversité alimentaire nécessaire à un mode de vie sain.

En 2000, l’ancien président américain Bill Clinton se félicitait de l’invention du riz doré et avait même déclaré que 40 000 vies par jour pouvaient être sauvées grâce à sa distribution.

Le riz doré, inventé au début des années 1990, n’est toujours pas disponible dans une écrasante majorité des pays en développement, bien qu’il ait été développé à des fins humanitaires. Depuis sa conception, le riz doré a fait l’objet de vives critiques, mais il n’a jamais été démontré qu’il présentait les effets néfastes qui avaient provoqué son interdiction . Afin de contrer les critiques selon lesquelles les variétés de riz n’ont été produites que pour générer un profit, le projet “Golden Rice” l’a mis gratuitement à disposition pour un usage humanitaire. Malgré ce fait, la tragique réalité est que l’utilisation du riz doré reste rare.

La plupart des OGM actuellement utilisés sont des cultures tolérantes aux herbicides et résistantes aux insectes, notamment le soja, le maïs, le colza et le coton.

Grâce aux nouvelles technologies d’édition de gènes, les applications sont encore plus vastes et prometteuses. Des technologies telles que CRISPR ont également démontré que nous pouvions aujourd’hui soigner des maladies génétiques humaines, réduire la contamination par les mycotoxines ou même lutter contre les invasions de criquets. 

Les possibilités d’innovation offertes par le génie génétique sont très étendues et devraient susciter notre enthousiasme et notre soutien. Nous devons permettre aux scientifiques européens de participer à la révolution génétique et les faire collaborer avec les agriculteurs pour mettre au point les innovations du futur. Les récentes innovations en matière d’édition génétique nous permettent de produire plus de papier avec moins de ressources et de rendre le saumon moins sujet aux maladies. Grâce au génie génétique, nous pouvons à la fois relever le défi du climat et celui de l’augmentation de la population.


Cet article a été publié dans l’édition d’AGEFI Luxembourg en janvier 2021.

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About Bill Wirtz

My name is Bill, I'm from Luxembourg and I write about the virtues of a free society. I favour individual and economic freedom and I believe in the capabilities people can develop when they have to take their own responsibilities.

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