Cette transition de la “moralité publique” vers la “santé publique”

Pendant des décennies, les défenseurs de la « vie saine » (Clean Living) ont poussé les législateurs à réprimer des produits comme le tabacl’alcool ou même le café. Maintenant que les arguments moralisateurs se montrent moins efficaces, les promoteurs de l’État-nounou plaident pour le même type de réglementations, dans l’intérêt de la « santé publique ». Sont-ils vraiment différents de leurs précurseurs moralisateurs ?

Les premiers défenseurs du “Clean Living” étaient hystériques

Le début de l’ère de la « vie saine » était la vulgarisation de leurs préoccupations de santé dans un concept comportemental. À la fin du XVIIIe siècle, la perception est que ceux qui vendaient des produits aux consommateurs n’étaient pas très préoccupés par la santé de ces derniers.

Et bien qu’il y ait toujours des préoccupations raisonnables à soulever au sujet de la sécurité d’un produit donné, les premiers auteurs de modes de vie « moraux » se sont préoccupés non seulement des problèmes de santé, mais aussi de l’implication de l’action elle-même.

Les réformateurs alimentaires tels que Sylvester Graham diabolisaient sucre, épices et surtout la masturbation, considérée comme une cause de folie. Ce premier mouvement plaidant pour la « moralité publique » existait vers le milieu du 19ème siècle.

Les mouvements de vie saine n’ont pas seulement fait campagne avec leurs messages moralisateurs, mais ils ont également préconisé une politique comportementale menée par l’État. Ce qui avait commencé au 19ème siècle reviendrait au début du 20ème siècle : l’ère dite progressiste du mouvement Clean Living a profité de l’élan créé à ses débuts et stigmatisé l’usage de l’alcool comme immoral et dangereux.

Ceci aboutissait finalement au 18e amendement de la Constitution américaine, qui interdisait l’alcool. Après sont apparues les lois anti-tabac et la prohibition des stupéfiants. Ils ont compris que moraliser n’était pas suffisant pour mener la population sur le chemin de leurs idéaux. S’ils voulaient appliquer leurs idées, ils avaient besoin de la main puissante du législateur.

Pensez-y : jusqu’au début du 20ème siècle, des militants devaient convaincre les législateurs que légiférer sur le sucre, le thé, le tabac, l’alcool ou l’activité sexuelle était légitime. Il n’était pas communément accepté qu’il fallait agir au sujet de ces produits, et le « c’est bon pour vous » n’était pas un moyen efficace de faire du lobbying pour ces règles.

Ils ont maîtrisé le vocabulaire de la peur, associant la folie, la décadence morale, la maladie avec une consommation complètement indépendante de produits de luxe. Leur idée : ancrer dans l’esprit collectif que « l’hygiène sociale » était un objectif vers lequel il fallait tendre.

Cette notion bancale de l’hygiène a été plus tard reprise par Adolf Hitler. Hitler était un non-fumeur convaincu, a financé avec ses propres fonds des études montrant les dangers du tabagisme, et a rempli l’Allemagne nazie d’affiches appelant le camarade national-socialiste à rester en bonne santé pour sa patrie. Ascète, Hitler s’abstint d’alcool, de tabac et de viande et a voulu remodeler le pays à son image.

Soyez “conscient”, ne soyez pas paternaliste

Il n’est pas surprenant que Clean Living soit revenu dans le langage courant. Avec Clean Eating, il remplit l’internet, via des blogs et des livres, sur la promotion de la vie saine à l’époque des aliments surgelés et du fast-food. Conseils sur la façon d’éviter les produits chimiques, de ne pas utiliser d’OGM ou de devenir végétalien : tout doit être propre.

Quand une journaliste de CNN a demandé sur Twitter ce que cela implique de manger sainement, elle a obtenu des réponses comme « manger des fruits et légumes frais » ou « ne rien manger d’artificiel », ce qui induit la question de savoir ce qui est réellement « artificiel ».

Afin d’être bien compris, je n’insinue pas que ces personnes ont l’intention de perpétuer le mouvement des deux derniers siècles, ou que leur activisme n’est pas utile à certains. Les gens devraient manger sainement, aucun doute à ce sujet. Mais ils devraient aussi être autorisés à s’amuser.

Il semble y avoir une ligne de démarcation floue entre le hashtag #cleaneating et le soutien aux règles édictant les produits qui devraient être autorisés sur le marché. Le siècle des tendances hipster de la santé coïncide avec le siècle dans lequel nous réglementons, taxons et interdisons tous les produits considérés comme dangereux.

La taxe sur les cigarettes et l’alcool est si élevée dans certains États et pays qu’elle alimente un marché noir rentable ; les pays européens comme la France durcissent leur réglementation sur la prostitution et le sucre, et les aliments gras sont sous le feu des régulateurs. Le New York Times trouve pertinent de laisser les chroniqueurs défendre les interdictions intrusives, comme il l’a fait pour la pornographie.

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Les défenseurs actuels de la santé publique vont dans le même sens que les mouvements de vie saine à l’époque. Chaque interdiction est suivie d’une interdiction encore plus stricte, quelles que soient les implications pour la liberté individuelle.

Pouvons-nous encore nous amuser s’il vous plait?

Ce 21ème siècle est celui du droit à propos de tout : droit au logement, au bien-être, voire au droit à l’oubli sur Google ; qu’en est-il du droit de s’amuser ? Ne pouvons nous pas être autorisés à nous amuser, indépendamment du fait que d’autres pensent que nous nous faisons du mal ? Sortez et buvez, fumez, jouez et faites l’amour : et oui, préparez-vous à être responsable de vos actes.

Nous savons que les produits comme le tabac sont mauvais pour la santé, et il convient d’applaudir ceux qui informent le public de ces risques sur la santé. Ces personnes doivent savoir que, même conscients de ces dangers, nous négocions avec nous-mêmes, tout le monde n’est pas prêt à vivre comme un ascète en attendant la vie éternelle. Chacun sait que sortir tard le week-end et boire beaucoup n’est pas bon. Et pourtant, chacun s’amuse, et ne fait de mal à personne d’autres qu’à lui même.

La « moralité publique » est devenue « santé publique » pour des raisons purement commerciales. Quand bien même les partisans de la santé publique ne seraient pas motivés par des considérations scientifiques ou morales contestables, cela ne rend pas leur impact sur la liberté individuelle moins importante.

Oui, nous voulons nous amuser, et nous l’assumons.


Cet article a été publié par Contrepoints.

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About Bill Wirtz

My name is Bill, I'm from Luxembourg and I write about the virtues of a free society. I favour individual and economic freedom and I believe in the capabilities people can develop when they have to take their own responsibilities.

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