Pour Martin Schulz, c’est l’Union européenne qui a évité la “mort et le totalitarisme” en Europe

En septembre, les Allemands se rendront aux urnes pour élire un nouveau parlement. L’ancien président du Parlement européen, Martin Schulz, aujourd’hui chef du parti social-démocrate (SPD), est l’opposant le plus sérieux face à la chancelière Angela Merkel. Schulz est connu pour ses coups de gueule excentriques et son ton agressif, surtout quand il s’adresse aux sceptiques de l’Union européenne.

Lors d’un récent rassemblement, Schulz a déclaré :

Oui, il existe une alternative pour tout, y compris pour l’Europe. Mais l’alternative à l’Europe que nous avons aujourd’hui, nous la connaissons déjà : c’est l’Europe du siècle dernier ! La mort, le fantasme des grands et des puissants empires, le règne de l’autocratie. Ce n’est pas mon Europe, ce n’est pas l’Europe sociale-démocrate.

Raviver les souvenir de la guerre pour soutenir l’UE?

Ce n’est pas la première fois que Martin Schulz fait une telle déclaration. Après que la République d’Irlande eut voté par référendum contre la constitution de l’UE en 2005, Schulz avait déclaré que les Irlandais avaient « ouvert la porte au fascisme ». Il a également traité le député néerlandais Daniël van der Stoep de fasciste pour avoir demandé au président de la Commission européenne Barroso de publier des détails sur ses comptes de dépenses en 2010.

En dehors de sa tendance à utiliser ces mots lourds de sens au coeur du Parlement, Schulz a peu à offrir politiquement. Ses années passées au Parlement européen n’ont laissé aucune marque. Mais ses remarques sont représentatives d’un argument commun parmi ceux qui soutiennent la construction européenne.

Emmanuel Macron a déclaré que quitter l’Union européenne conduirait à la faillite de la France. L’ancien Premier ministre britannique David Cameron, exprimant son soutien pour rester dans l’UE avant le référendum de Brexit, avait brandi la menace selon laquelle sortir de l’union « pourrait conduire à une nouvelle guerre ».

Voilà ce que c’est que d’être un partisan classique de l’UE dans la politique européenne : sortir des références de la Seconde Guerre mondiale et penser que tous les eurosceptiques sont des xénophobes et des nationalistes extrêmes.

L’Union européenne est-elle garante de la paix?

Il y a peu de vrai dans les déclarations de Martin Schulz. Il est facile de répondre à la question de savoir si l’Union européenne a maintenu la paix en Europe. Cela s’explique non seulement par le fait que l’UE n’existe dans sa forme actuelle que depuis le Traité de Maastricht de 1992, mais aussi par le fait qu’il n’y a jamais vraiment eu de paix sur le continent.

Alors que l’Europe de l’Ouest est restée majoritairement pacifique, le reste du continent a connu un total de 41 conflits armés depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La plupart des conflits étaient limités à une zone réduite ou se sont produits dans un seul État : par exemple, la Campagne des Frontières de l’IRA en Irlande, les années de plomb en Italie et le conflit basque entre l’ETA et l’Espagne. Il y avait aussi des conflits militaires entre les États, parmi lesquels la guerre de dix jours entre la Slovénie et la Yougoslavie, l’invasion turque de Chypre, la guerre de Transnistrie, les guerres de la morue, la guerre du Kosovo et la guerre en Bosnie.

Mais même si nous recherchons simplement la raison de la paix en Europe occidentale, la réponse n’est pas une structure politique gigantesque créée dans les années 90, mais une politique commerciale plus libre qui existe entre l’Allemagne et la France depuis les années 50.

La vraie garantie contre la guerre, c’est le libre-échange

Le plan Schuman, du nom du ministre français des Affaires étrangères, était un discours de 1950 dans lequel il a suggéré la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier, une autorité chargée de centraliser les réglementations commerciales avec l’intention précise d’éviter une autre guerre entre l’Allemagne et la France. Sa théorie était que l’intérêt mutuel d’un commerce entre les deux pays les empêcherait de se faire la guerre dans le futur. Schuman n’a pas eu besoin d’une politique agricole commune ou d’un budget de défense de l’UE pour sa vision.

Donc non, Herr Schulz, la fin de l’UE ne mènerait ni à la mort ni à la destruction de l’Europe. Les eurosceptiques ne recherchent pas non plus à raviver les conflits armés. Existe-t-il des personnes critiques envers le projet européen? Certainement. Cependant, accuser tous les opposants à l’Union européenne d’être racistes et nationalistes extrémistes ne vous attirera aucune sympathie, ni pour vous, ni pour l’Union européenne.


Cet article a été publié par Contrepoints.

Pictures are Creative Commons.

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About Bill Wirtz

My name is Bill, I'm from Luxembourg and I write about the virtues of a free society. I favour individual and economic freedom and I believe in the capabilities people can develop when they have to take their own responsibilities.

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