Sauvez les éléphants ! … en les privatisant

Milton Friedman disait : « Si vous analysez la guerre contre la drogue d’un point de vue purement économique, alors le rôle de l’Etat est de protéger les cartels de drogues. »

Cet article est une traduction depuis l’anglais de mon article “Save the Elephants! … by Owning Them” publié sur fee.org.

Dans une lettre adressée au gouvernement britannique (qui a été publié par The Telegraph), 100 activistes pour la protection de l’environnement, politiciens et célébrités, demandèrent l’interdiction des importations d’ivoire au Royaume-Uni. Ils proposèrent que la Grande Bretagne devienne un leader mondial dans le combat contre les braconniers. Mais puisque nous connaissons les conséquences de la prohibition, il est pertinent de penser que les seuls bénéficiaires d’une telle mesure seraient les braconniers eux-mêmes.

Si on me présentait la possibilité de devenir l’Al Capone du trafic d’ivoire, la tentation n’aurait jamais été aussi grande. Les Etats ont toujours permis l’augmentation des prix des articles prohibés. Comme disait déjà Milton Friedman : « Si vous analysez la guerre contre la drogue d’un point de vue purement économique, alors le rôle de l’Etat est de protéger les cartels de drogues. »

Chaque fois qu’une demande d’interdiction complète du commerce d’ivoire s’élève, les prix explosent, ce qui donne encore plus de raisons aux braconniers de tuer les animaux. Ceci a créé une sorte de jeu du chat et de la souris dans lequel la volatilité de prix d’ivoire et les campagnes pour son interdiction par des ONG sont interconnectées. Quand le prix de l’ivoire en Chine avait triplé l’année dernière, les ONG prétendaient que le marché était hors de contrôle et qu’il était temps « de prendre des mesures immédiates ». Malgré cela, il n’y a pas eu de changement de législation. Cinq mois plus tard, le prix de l’ivoire était redescendu à son niveau initial. Ces mêmes ONG ont donc prétendu que leur travail allait dans la bonne direction.

Protection par la propriété privée

Si on veut vraiment parler de la protection d’animaux en voie de disparition, essayons d’éviter les titres polémiques destinés à vendre des journaux ou à augmenter le nombre de dons reçus pour une ONG. Beaucoup de pays africains ont déjà pris des mesures pour résister aux braconniers : en privatisant les éléphants. Cela s’est avéré très efficace.

3081715455_23ca9f3b90_b

Prenons l’exemple de la chasse aux trophées (trophy hunting en anglais) :

Ces dernières années, ce sport de chasse est devenu de plus en plus populaire. Le magazine National Geographic écrivait qu’entre les années 2005 et 2014, ces chasseurs ont importés plus de 1,26 millions de trophées aux Etats-Unis, ce qui représente une moyenne de 126.000 trophées par an, soit 345 par jour.

La chasse aux trophées n’est pas toujours la raison principale de la disparition de ces animaux. Ils souffrent beaucoup plus de la perte de leur habitat par le biais des exploitations d’agriculture, de bois ou de pétrole.

Il est possible de motiver les populations locales à protéger ces animaux. En Namibie, les revenus de la chasse aux trophées sont la recette principale pour le financement des réserves naturelles. En Afrique du Sud, le fait que des locaux ont été motivés à donner des espaces pour vivre à ces animaux et à les protéger contre des braconniers, est bien documenté (Conservation Magazine, 2015). Cette évolution a permis d’augmenter le nombre de rhinocéros de 100 en 1916 à 18.000 aujourd’hui (World Wildlife Fund, 2016). D’après le département environnemental d’Afrique du Sud, les recettes totales de la chasse aux trophées étaient aux alentours de R807 millions (53,8 millions d’euros) en 2012 et de R1 milliards (66,7 millions d’euros) en 2013.

Les éléphants sont tout d’abord les victimes de la tragédie des biens communs : maximiser les profits résulte dans le fait de tuer le maximum d’animaux sans soucis pour la pérennité du système. La seule mesure de protection efficace que l’on peut mettre en place, c’est le droit de propriété et un Etat de droit fonctionnel. Si les éléphants ont une certaine utilité, notamment à cause de l’ivoire, alors nous devrions préférer la détention de ceux-ci par des propriétaires privés qui auront des incitatifs importants à les protéger.

Aucune interdiction de commerce international ne pourrait arriver au même résultat.

About Bill Wirtz

My name is Bill, I'm from Luxembourg and I write about the virtues of a free society. I favour individual and economic freedom and I believe in the capabilities people can develop when they have to take their own responsibilities.

1 Response

  1. Bonjour,

    Je soulèverai deux objections à votre raisonnement.

    D’abord la comparaison entre la prohibition du commerce de l’ivoire et la prohibition du commerce de drogue ou d’alcool me semble caduque. Voici pourquoi. Si on prend le commerce de drogue, la prohibition a peu de chances de fonctionner du fait de l’addiction (au sens médicale et physiologique) que le produit provoque chez le consommateur. Rien de comparable avec le commerce de l’ivoire. Si on prend le cas de la prohibition du commerce d’alcool, là encore ça ne fonctionnera pas (l’histoire le prouve), mais encore pour une autre raison : le fait que l’alcool est une marchandise consommée par quasiment tout le monde, en quantité différentes certes (même si là aussi le côté addictif peut jouer un rôle dans l’échec de la prohibition, ce n’est pas le facteur principal). Là encore rien de comparable avec le commerce d’ivoire.

    Si j’ai bien compris, vous défendez l’idée de légaliser le commerce de l’ivoire, ne plus le laisser aux mains des braconniers, en ayant dans l’idée que cela sauvera l’espèce. Cependant les arguments économiques sur lesquels vous vous appuyez me paraissent invalides.
    Vous partez du fait que l’illégalité du commerce entraîne des prix élevé, je suis d’accord. Mais ensuite vous dites que ces prix élevés (ou une augmentation des prix) favorisent le braconnage, puisqu’ils augmenteraient le profit des braconniers. Dans une économie « normale », en effet c’est ce qu’il se passe. Cependant, justement ici nous ne sommes pas dans une économie normale. Si vous raisonnez en prenant comme modèle une économie normale, les prix augmentent parce que l’offre n’est pas en adéquation avec la demande, la demande est supérieure à l’offre. Si vous estimez que c’est cela qui provoque des prix élevés, « normaliser » le commerce de l’ivoire ne changera rien aux prix.

    Vous pouvez, en revanche, penser que les prix sont élevés du fait de coûts importants liés à l’illégalité, pensons notamment à la corruption. Mais dans ce cas, vous ne pouvez affirmer que les prix élevés sont une incitation à chasser davantage puisque ces prix ne proviennent pas du fonctionnement du marché (adéquation entre offre et demande) mais de coûts externes dont ne bénéficieront pas les braconniers (le surplus leur servira à financer les coûts de l’illégalité, la corruption). D’autre part, si le prix de l’ivoire baisse, dans le marché « normal », la demande pour l’ivoire augmentera, et donc le nombre d’éléphants à tuer aussi afin de la satisfaire.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s