La méthode scientifique est menacée

Supposons qu’un scientifique vous dise qu’une certaine équation mathématique est manifestement correcte. On pouvait tourner l’équation de toutes les façons possibles, mais on en arrivait toujours à la même conclusion. Supposons maintenant que ce scientifique ait pris la parole une fois à une conférence et que sa chambre d’hôtel ait été payée par une industrie qui avait un intérêt direct à ce que l’équation soit vraie. Certains diront qu’il y a conflit d’intérêts, mais on ne peut supposer qu’il a orchestré une distorsion de ses travaux scientifiques que si l’on peut démontrer que l’équation est fausse. Aucun argent au monde ne peut changer les faits.

L’EFSA, l’Autorité européenne de sécurité des aliments, est actuellement saisie d’accusations de cette nature. L’ONG européenne Corporate Europe Observatory (CEO) dénonce le groupe de travail chargé de l’évaluation de la sécurité des lecteurs de gènes – technologie du génie génétique – d’être «compromis». L’organisation affirme que les deux tiers du groupe de travail ont des «liens financiers» avec l’industrie et des organisations ayant un intérêt direct lié au génie génétique.

Définir les conflits d’intérêts

Toutefois, l’EFSA a répondu à chacune de ces préoccupations de manière professionnelle et détaillée. L’agence n’a pas vu un seul cas dans lequel les «liens» décrits étaient préoccupants. Par exemple, le CEO a pointé Michael Bonsall, professeur de biologie mathématique à l’Université d’Oxford, pour avoir des liens financiers directs avec la société de biotechnologie britannique Oxitec. Il s’est avéré que ces «liens financiers directs» ne provenaient pas des investissements financiers d’Oxitec, mais d’activités de recherche cofinancées par Oxitec et l’Université d’Oxford elle-même. Il s’agissait essentiellement de projets de recherche financés par une combinaison de secteurs publics et privés, à savoir, ici, entre une entreprise privée et des subventions de recherche de l’Union européenne.

«Quelles sont vos preuves?» est remplacé par «Qui vous finance?» et tue le débat scientifique

Mais le travail du CEO a déjà frappé trop fort, à tel point que la réponse dévastatrice de l’EFSA à leurs demandes apparaît déjà sur leur site web. Les scientifiques ont été dénigrés dans les médias, et ce, quel que soit le nombre de réfutations que l’agence de sécurité alimentaire de l’UE pourrait émettre. Ces militants, ennemis jurés de l’agriculture industrielle, n’ont besoin que de titres tels que «les scientifiques de la sécurité alimentaire accusés d’être achetés» pour commettre des dégâts irréparables.

Que les technologies du génie génétique puissent avoir un impact énorme sur la réduction du nombre de décès dus à des maladies telles que la dengue, la fièvre jaune et le virus Zika n’est pas pertinent pour leur quête.

Le crime d’avoir animé un panel

Même histoire pour la journaliste Emmanuelle Ducros, connue pour ses chroniques sur l’agriculture, dans lesquelles elle évoque le travail non scientifique des militants écologistes et défend la méthode scientifique contre les militants anti-OGM, anti-libre-échange ou anti-pesticides. Ducros a été traînée dans la boue par Libération, soutenu par l’indignation des médias sociaux: tous lui reprochent d’avoir animé des panels lors de conférences avec des industriels marqués d’un intérêt particulier dans le domaine des pesticides. Savoir si votre voyage en train et votre chambre d’hôtel sont couverts dans un contexte professionnel a une telle influence sur votre intégrité journalistique reste vraisemblablement une question à part entière. On essaie de nous expliquer que les faits, ça s’achète.

La méthode scientifique est attaquée par ceux qui ne croient pas à l’analyse et à la comparaison des preuves. Ils prétendent qu’une toile d’araignée de groupes industriels a capturé toutes les voix pro-science en finançant les opinions. Par conséquent, les politiciens légifèrent et réglementent les innovations scientifiques et limitent le choix des consommateurs.

«Quelles sont vos preuves?» est remplacé par «Qui vous finance?» et tue le débat scientifique. Les conséquences de cette situation seront durables.

Ce fait est particulièrement déconcertant quand nous pensons aux opportunités des innovations scientifiques. Le génie génétique, critiqué et réglementé par l’Union européenne comme les OGM, suivant une décision de la Cour de justice de l’UE, est un développement fascinant. Il offre déjà de nombreux avantages à l’amélioration génétique, par exemple en créant des aliments sans allergènes. Imaginez l’immense changement pour les personnes atteintes d’allergies potentiellement mortelles si nous parvenons à créer des arachides sans allergènes ou du blé sans gluten. Ces applications dépassent aussi le domaine de l’agriculture. Le génie génétique peut aider à combattre le virus Zika, à prévenir la transmission du paludisme ou à guérir la leucémie, et montre des recherches prometteuses dans les domaines de la maladie d’Alzheimer, de la maladie de Huntington et du cancer du col de l’utérus et du poumon.

L’Europe ne peut pas se permettre de prendre du retard sur l’innovation scientifique. Nous devons en faire état dans le débat public.


Cet article a été publié par Le Temps.

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About Bill Wirtz

My name is Bill, I'm from Luxembourg and I write about the virtues of a free society. I favour individual and economic freedom and I believe in the capabilities people can develop when they have to take their own responsibilities.

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